Landes : 900 citoyens demandent des comptes à la justice

Près de 900 personnes se sont rassemblées lundi 8 juin devant les tribunaux de Mont-de-Marsan et Dax pour demander des explications sur les dysfonctionnements de la chaîne judiciaire et de protection de l’enfance. Un cri du cœur face à un drame qui aurait pu être évité.

Une mobilisation spontanée et massive

Environ 650 personnes à Mont-de-Marsan, 250 à Dax : la Nouvelle-Aquitaine a réagi. Des femmes, des hommes, des jeunes, des retraités de tous horizons se sont présentés dès 18h30 devant les portes de la justice, sans attendre les appels officiels. La route a même dû être coupée une heure tant l’affluence était importante. Des peluches et des roses blanches ont été déposées en hommage.

Comme l’a confié une mère de famille venues avec des pancartes à distribuer : « C’est maintenant qu’il faut tenter de lancer quelque chose, mais malheureusement, il faut toujours qu’il y ait un drame pour que les gens se mobilisent. »

Un système débordé qui abandonne les enfants

Au cœur des préoccupations : l’inaction supposée de nos institutions face aux violences sexuelles faites aux enfants. Les témoignages sont accablants.

Valérie, 57 ans, ancienne responsable d’association à Bordeaux, n’a pas mâché ses mots : « Trop de plaintes ont été non traitées, le dossier a circulé entre parquets et le prédateur n’a jamais été entendu. Les procédures prenaient toujours énormément de temps. Je me mets à la place de cette famille : c’est horrible, il n’y a pas pire que de perdre un enfant dans ces conditions, surtout quand ça aurait pu être évité. »

Un instant glaçant s’est produit lors du rassemblement, quand les victimes de violences sexuelles ont levé la main pour se compter : « Je suis une enfant de l’ASE, l’État devait me protéger et j’ai été violée de nombreuses fois. Quand nous sommes coupables d’une infraction, on vient nous trouver, et quand c’est nous la victime, il faut se battre pour être entendu ! »

Justice et volonté politique sous le feu des critiques

Les participants n’ont pas épargné le gouvernement et ses prédécesseurs. L’Aide sociale à l’enfance est violemment critiquée pour ses « dysfonctionnements ». La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), créée en 2021, est présentée comme un chantier inachevé : « Tout était prêt, la formation des gens pour l’écoute de l’enfant, et rien ne s’est passé ensuite. »

Un représentant d’association constate l’absurdité : « Le plus révoltant n’est pas que ce drame nous surprenne mais c’est qu’il ne nous surprenne plus. »

Pour Samuel, contrôleur des impôts : « Cette mobilisation dénonce le manque de moyens de la fonction publique et son manque de coordination. »

Mais Thomas, ancien gardien de prison, refuse cette excuse budgétaire : « Pour moi, prendre une plainte au sérieux n’est pas une question ni de moyens, ni de budget. C’est une question de volonté, de laxisme de la part de notre gouvernement. »

Une prise de conscience enfin

Milio, 11 ans, trouvait « anormal qu’en 2026, autant d’enfants soient victimes de cela. Les chiffres sont sacrément angoissants. »

Sa mère, Laurie, sophrologue sur Mont-de-Marsan, venait à un rassemblement pour la première fois : « C’est un appel du cœur et de la conscience. Mon fils doit entendre ces termes de prévention et de protection. »

Une représentante de la FCPE a résumé le sentiment de la foule : « Nous sommes réunies avec une immense peine, une peine qui porte un prénom, celui de Lyhanna. »

La mobilisation du territoire landais ne peut être ignorée. Elle pose une question aux décideurs : jusqu’à quand accepterons-nous que nos institutions faillissent face à ce qui devrait être leur responsabilité cardinale : protéger nos enfants ?

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