L’affaire Lyhanna, cette collégienne de 11 ans disparue dans le Gers, a ravivé une blessure béante : l’incapacité du système judiciaire français à traiter efficacement les violences sexuelles commises sur des enfants. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin vient d’estimer à 70 000 plaintes le nombre de dossiers concernant des infractions sexuelles sur mineurs en attente de réexamen. Un chiffre vertigineux qui révèle l’ampleur d’une crise systémique.
Une directive du gouvernement hors de proportion avec les moyens
Face au drame, le gouvernement a ordonné aux policiers et aux gendarmes, en lien avec les parquets, de passer en revue toutes les procédures relatives aux violences sexuelles commises sur des mineurs. Une injonction bienvenue en apparence, mais que les forces de l’ordre jugent elles-mêmes « impossible » à réaliser.
Pourquoi ? Parce qu’elle arrive à un moment où la police et la gendarmerie traversent une crise majeure de l’investigation. Les effectifs sont surchargés, les ressources limitées, et les délais de traitement des dossiers s’allongent dangereusement. Demander à ces mêmes services de reprendre 70 000 plaintes relève de l’utopie administrative.
Des enquêteurs au bord de la rupture
Ce qui ressort des échanges avec les syndicats policiers et les responsables d’enquête, c’est une frustration profonde : on demand aux enquêteurs de faire l’impossible avec rien. Pendant ce temps, les auteurs d’infractions sexuelles continuent leurs crimes en toute impunité, protégés par les files d’attente judiciaires.
Cette situation n’est pas nouvelle. Elle reflète un dysfonctionnement structurel : un État qui demande sans cesse plus à ses forces de l’ordre, sans leur en donner les moyens. Les policiers et gendarmes de Nouvelle-Aquitaine, comme partout en France, paient le prix d’une sous-dotation chronique.
Un système qui protège les criminels
L’affaire Lyhanna met en lumière une vérité inconfortable : 70 000 plaintes en attente, c’est 70 000 dossiers qui pourraient contenir des indices, des patterns, des signaux d’alerte. C’est aussi la preuve que nos enfants ne sont pas assez protégés par un système judiciaire paralysé.
Pour les familles de Nouvelle-Aquitaine, pour les parents qui font confiance à la justice pour protéger leurs enfants, ce chiffre est une claque. Comment accepter que le ministre reconnaisse lui-même qu’une telle mission est pratiquement irréalisable ? C’est admettre, en creux, que le système fonctionne en mode dégradé depuis des années.
Des questions qui attendaient depuis longtemps
Cette crise soulève des questions légitimes : où étaient les signaux d’alerte ? Pourquoi les plaintes s’empilent-elles ? Comment renforcer vraiment les capacités d’enquête sans augmenter les budgets et les effectifs ? Et surtout, comment retrouver la confiance des citoyens dans une justice qui semble incapable de les protéger ?
Le gouvernement doit faire plus que des annonces. Il faut des moyens concrets, des enquêteurs supplémentaires, une réorganisation qui place enfin la protection des mineurs au cœur des priorités. Pas seulement des paroles après un drame, mais des actes avant le prochain.