Trente ans après, le procès du meurtre de Corinne Di Dio s’ouvre

Une affaire qui hante les esprits depuis 1995

Plus de trois décennies. C’est le temps qu’il a fallu pour que la justice se prononce enfin sur l’une des affaires criminelles les plus sordides jamais enregistrées en région. Le corps de Corinne Di Dio, retrouvé démembré dans une malle métallique le 28 juin 1995 près de La Roquette dans l’Eure, reste une blessure ouverte. Son identification n’a même eu lieu qu’en 1997, grâce aux analyses ADN. Décapitée, les pieds et les mains coupés, la victime avait reçu quatorze coups de couteau, dont plusieurs mortels au thorax.

Depuis 2023, une femme comparaît devant la cour d’assises des Yvelines à partir de cette semaine. Elle clame son innocence face à des accusations d’enlèvement, séquestration et meurtre. Un second accusé, ancien braqueur et petit ami de la victime, reste en fuite avec un mandat d’arrêt international.

Les limites de l’enquête

Ce qui frappe d’abord dans cette affaire, c’est son caractère labyrinthique. Deux non-lieux ont été prononcés — en mars 2000 et avril 2008 — faute de preuves décisives. Des décennies où le dossier s’est endormi. Ce n’est qu’en 2012 que de nouvelles écoutes téléphoniques ont relancé les investigations.

Les éléments à charge retenus par l’instruction demeurent fragiles. Des cheveux retrouvés dans la malle contenant le corps présentent un profil mitochondrial compatible avec l’accusée. Mais la défense soulève un point crucial : ces traces capillaires diffèrent en couleur des cheveux de l’accusée au moment des faits. Pour les avocats, il n’existe aucun élément nouveau significatif par rapport aux deux non-lieux antérieurs.

Rivalités et zones d’ombre

L’ordonnance de mise en accusation évoque une possible rivalité sentimentale ainsi qu’une proximité entre l’accusée et le père de l’enfant de la victime. C’est sur ce terrain que se joue l’affaire : des conflits relationnels, des querelles de garde d’enfant, un contexte familial explosif émaillé de conflits patrimoniaux.

D’autres pistes ont été examinées. Un ancien figure du grand banditisme dans les années 1980, petit ami passé de Corinne Di Dio, aurait nourri une rancœur tenace après qu’elle ait témoigné contre lui. Cet homme s’est suicidé en prison en juin 1997. L’accusation n’a retenu aucune charge suffisante contre lui.

Un procès capital

Le procès qui débute cette semaine mobilisera une trentaine de témoins pendant deux semaines et demie. Enquêteurs, experts psychiatriques, psychologiques et génétiques, médecins légistes : tous doivent éclairer une affaire restée obscure pendant des décennies. Le verdict est attendu le 3 juillet.

Au-delà des enjeux judiciaires, cette affaire pose question sur la capacité du système à boucler les dossiers criminels majeurs. Trente ans, c’est un temps considérable : des murs disparaissent, des témoins s’en vont, la mémoire s’estompe. Que la justice se saisisse enfin de ce crime est une victoire contre l’oubli, certes, mais elle arrive bien tard pour la région et pour ceux qui ont gardé cette affaire dans leur mémoire.

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