Le Sénat réactive les molécules interdites de la loi Duplomb
Mercredi 17 juin, la commission sénatoriale a glissé discrètement dans le projet de loi d’urgence agricole des mesures explosives : la réintroduction dérogatoire de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux pesticides que la loi Duplomb avait interdits. Une manœuvre parlementaire qui risque de faire dérailler l’ensemble du texte que l’exécutif espère faire adopter cet été.
Cette tentative de réautorisation soulève des questions légitimes sur la gouvernance législative. Plutôt que de débattre ouvertement de l’avenir de ces molécules, certains sénateurs ont choisi de les glisser en annexe d’un texte d’urgence agricole — une vieille recette du coulissage parlementaire que les Aquitains connaissent bien.
Annie Genevard pose un ultimatum
Rapidement, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a marqué son opposition frontale. Non seulement elle rejette toute autorisation, même temporaire, de l’acétamipride, mais elle avertit que cette tentative risque de faire « capoter les discussions sur l’ensemble du projet de loi d’urgence agricole ».
Le message est clair : le gouvernement ne laissera pas détourner une loi censée répondre aux vraies urgences du secteur agricole. Une position qui, pour une fois, rencontre un certain consensus sur le terrain : nos agriculteurs ont besoin de solutions durables et de clarté juridique, pas de détours bureaucratiques.
Les agriculteurs pris en otage
Ce qui fâche le plus les observateurs régionaux, c’est que les agriculteurs se retrouvent pris en otage entre deux logiques : celle des parlementaires qui veulent imposer leur vision sectorielle, et celle d’un gouvernement qui refuse le marchandage. Entre-temps, les vraies difficultés de nos campagnes — pression réglementaire, compétition internationale, rentabilité des exploitations — restent en suspens.
La question de l’utilisation des pesticides mérite un vrai débat démocratique, pas des manigances législatives. Nos lecteurs, attachés à la souveraineté alimentaire et à une agriculture forte, ont le droit à des politiques claires et défendables publiquement.
Le résultat ? Une loi d’urgence agricole qui pourrait sombrer faute de compromis honnête. Et pendant ce temps, les exploitants continuent d’attendre des réponses.