Une date limite fixée par des groupes antimigrants
L’Afrique du Sud se prépare à des tensions majeures. Le 30 juin, date butoir fixée par des organisations antimigrants, dont le groupe March and March, marque un ultimatum aux étrangers en situation irrégulière: quitter le pays ou affronter l’inconnu. Cette deadline, établie en dehors de tout cadre légal, agite un pays déjà secoué par des semaines de manifestations violentes.
Face à cette menace, les autorités sud-africaines durcissent leur posture. Le ministre par intérim de la Police, Firoz Cachalia, a annoncé lundi un renforcement massif des effectifs de sécurité sur l’ensemble du territoire. «La police sud-africaine a renforcé son niveau de préparation opérationnelle dans l’ensemble des provinces, avec des plans de déploiement complets en place pour protéger les communautés, les infrastructures critiques et les principaux espaces publics», a-t-il déclaré.
L’armée se mobilise pour sécuriser les sites sensibles
L’ampleur de la mobilisation gouvernementale reflète l’inquiétude des autorités. La ministre de la Défense, Angie Motshekga, a confirmé que l’armée sécuriserait les infrastructures stratégiques — notamment les aéroports — et se tiendrait prête à épauler les forces de police si nécessaire. Les responsables officiels ont rappelé le droit constitutionnel à la manifestation pacifique, mais averti fermement: «La criminalité, l’intimidation, la violence, la destruction de biens et toute tentative de porter atteinte à la sécurité publique ne seront pas tolérées».
Un contexte explosif: chômage massif et violences récurrentes
L’escalade n’est pas nouvelle en Afrique du Sud. Le pays, l’une des principales économies du continent, confronte un chômage de masse dépassant 30%. Historiquement, cette situation a alimenté des tensions xénophobes. En 2008, 62 personnes avaient péri dans des émeutes. De nouveaux troubles avaient éclaté en 2015, 2016 et 2019, ce dernier voyant des groupes armés s’attaquer à des commerces étrangers autour de Johannesburg, faisant au moins 12 morts.
Les violences actuelles, qui ont déjà causé au moins deux décès selon les autorités, s’inscrivent dans une dynamique dangereuse. Elles coïncident avec l’approche des élections municipales du 4 novembre — un scrutin connu pour raviver les tensions politiques. Ce week-end, lors de l’enregistrement des électeurs, quatre personnes liées à des partis politiques ont été tuées par balles dans des incidents séparés.
Un dilemme politique et humanitaire
L’Afrique du Sud attire depuis longtemps des migrants en quête d’opportunités économiques. Mais le pays peine à gérer cette réalité face à ses problèmes internes chroniques. Les gouvernants sud-africains naviguent entre la nécessité de maintenir l’ordre public et les questions migratoires qui divisent profondément le pays. Une situation qui met en lumière les défis que les États du continent africain doivent affronter: gouvernance, sécurité et intégration.
Le 30 juin deviendra-t-il un jour de crise ou de stabilité relative? Les jours à venir le diront. Mais d’ores et déjà, l’Afrique du Sud se prépare à la confrontation.