Entre intérêts économiques et suspicions de sécurité
Le parti d’extrême droite allemand AfD justifie sa participation au forum économique de Saint-Pétersbourg en invoquant la défense des intérêts économiques allemands. Une posture qui ravive les inquiétudes des services de renseignement européens quant aux risques de cette présence en Russie.
Deux députés de l’AfD, dont Markus Frohnmaier, vice-président du groupe parlementaire, se rendront au forum qui débute mercredi. Pour le parti, il s’agit d’un « déplacement de travail politique et économique », non d’un « acte symbolique ». Selon M. Frohnmaier, « les intérêts économiques allemands en Russie subsistent, même si le gouvernement fédéral les ignore largement ».
Un forum géopolitique sous surveillance
Le Forum économique de Saint-Pétersbourg accueille, du mercredi au samedi, des représentants de plus de 130 pays, dont les États-Unis. L’AfD y envoie une délégation d’« une telle envergure » pour la première fois depuis longtemps, selon les propos du député.
Les enjeux affichés par l’AfD tournent autour de trois axes : discuter des intérêts économiques allemands, évaluer la situation des entreprises allemandes sur place, et explorer un retour vers « un approvisionnement énergétique sûr et abordable ». Une référence à peine voilée au sevrage du gaz russe bon marché qui a fragilisé l’industrie allemande depuis le début de la guerre en Ukraine.
Les craintes des services de renseignement
Mais cette participation suscite des réserves sérieuses. Marc Henrichmann, président conservateur de la commission de contrôle des services secrets au Bundestag, dénonce l’utilisation de ces forums à des fins de renseignement : « Les services de renseignement russes se servent d’événements comme le forum de Saint-Pétersbourg pour recueillir des informations et faire du recrutement ».
La méfiance n’est pas nouvelle. Le même Henrichmann avait précédemment affirmé que Markus Frohnmaier était « sous contrôle absolu » de la Russie, en se fondant sur des documents stratégiques du Kremlin. L’AfD, principal parti d’opposition allemand, est régulièrement accusée par les autres formations politiques de transmettre des informations sensibles au Kremlin en pleine guerre en Ukraine.
Une Allemagne divisée, une Europe affaiblie
La situation allemande révèle un clivage profond. Friedrich Merz, chancelier conservateur au pouvoir depuis un an, voit sa popularité chuter à des niveaux inédits, tandis que l’AfD caracole en tête des sondages. Ce paradoxe politique traduit un malaise économique réel chez les Allemands, que l’extrême droite exploite en promettant un retour aux « intérêts allemands ».
Symboliquement, le Forum de Saint-Pétersbourg n’est plus qu’une ombre de lui-même : jadis surnommé le « Davos russe », il représentait un carrefour de la diplomatie économique. Aujourd’hui, il apparaît comme le révélateur de l’isolement croissant de la Russie — à une époque où ni Angela Merkel ni Emmanuel Macron n’y participent plus.
Pour la France et la Nouvelle-Aquitaine, ces enjeux résonnent directement. La montée de l’extrême droite en Europe centrale, son rapprochement avec Moscou, et la fragilisation des économies occidentales traditionnelles interrogent notre propre souveraineté économique et notre sécurité géopolitique.


