Arménie : Pachinian défie Poutine sur l’adhésion à l’UE

Un Premier ministre arménien refuse les ultimatums russes

L’Arménie se trouve au cœur d’une bataille géopolitique majeure. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a rejeté lundi les appels du président russe Vladimir Poutine à organiser rapidement un référendum sur une adhésion à l’Union européenne. Cette décision intervient à une semaine des élections législatives arméniennes et révèle les tensions croissantes entre Moscou et Erevan.

Poutine avait exigé, la semaine précédente, qu’un référendum soit organisé « le plus tôt possible », affirmant que l’Arménie ne pouvait pas concilier une adhésion à l’UE et son maintien dans l’Union économique eurasiatique (UEE), dirigée par la Russie. Une posture classique de Moscou : imposer un choix binaire, sans nuances.

La stratégie du timing politique

Pachinian a choisi la prudence. Dans une allocution vidéo sur Facebook, il a déclaré qu’« il serait illogique d’organiser un référendum » tant que le choix entre les deux blocs « ne sera pas inévitable, tant que l’Arménie n’aura pas officiellement déposé sa candidature à l’adhésion à l’UE ou qu’elle ne sera pas proche d’obtenir le statut de pays candidat ».

Cette position reflète une réalité : Erevan ne souhaite pas se précipiter vers un ultimatum qui réduirait ses marges de manœuvre. En mai dernier, l’Arménie a accueilli un sommet européen où l’UE a salué un « bond en avant » dans ses relations avec le pays. En 2024, Erevan avait déjà adopté une loi déclarant officiellement son intention de se porter candidate à l’UE, prolongeant un partenariat noué en 2017.

Moscou resserre l’étau, sans succès

La réaction russe ne s’est pas fait attendre. Samedi, le Kremlin a rappelé son ambassadeur en Arménie pour des « consultations » concernant le renforcement des liens entre Erevan et l’UE. Poutine a même dégainé la menace ultime : le « scénario ukrainien », en affirmant que la crise avec Kiev avait commencé lorsque la capitale avait tenté d’adhérer à l’UE.

Pachinian refuse de mordre à l’hameçon. Il affirme que les relations arméno-russes sont actuellement « dans une phase de transformation » et que « nous sommes en train de construire de nouvelles relations avec la Russie ». Diplomatie classique, mais résistance ferme.

Un passé commun, un avenir incertain

L’Arménie et la Russie partagent des siècles d’histoire commune et sont techniquement alliées. Mais ce lien s’effiloche. Erevan reproche à Moscou de ne pas l’avoir soutenue lors de la guerre avec l’Azerbaïdjan en 2023. Pire encore : l’Arménie a suspendu sa participation au pacte de sécurité régional avec la Russie.

Ces signaux ne trompent pas. Erevan regarde désormais vers l’UE et les États-Unis. Pachinian cultive sciemment cette ambiguïté : maintenir une relation « ouverte et sincère » avec Moscou tout en bâtissant des ponts solides avec l’Occident.

À quelques jours des élections législatives, le Premier ministre joue gros. Ses électeurs apprécieront-ils cette volonté d’indépendance, ou préféreront-ils une soumission à Moscou ? Le résultat du scrutin marquera la capacité réelle d’Erevan à échapper à la domination du Kremlin.

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