Darmanin convoque les procureurs : 70 000 plaintes d’enfants passées au crible

Justice sous pression après la mort de Lyhanna

Le dossier Lyhanna ne cesse de secouer les institutions judiciaires. Lundi 8 juin, le ministre de la Justice Gérald Darmanin convoque l’ensemble des procureurs généraux des 36 cours d’appel de France à 8h30 pour une réunion de travail d’envergure nationale. Un signal fort, qui témoigne de l’ampleur du malaise au cœur du système.

La jeune collégienne de 11 ans, disparue dans le Gers et retrouvée sans vie jeudi, a mis en lumière des failles systémiques que personne ne peut plus ignorer. Vendredi soir, le ministre n’a pas mâché ses mots : l’institution judiciaire a « failli » dans le suivi des plaintes déposées contre le suspect, et il a promis des « sanctions » si des « défaillances » ou des « fautes professionnelles » étaient « avérées ».

Un tri urgent de 70 000 dossiers

Les magistrats convoqués auront une mission précise et chronométrée. Darmanin leur ordonne de reprendre l’intégralité des plaintes concernant les enfants — soit environ 70 000 dossiers — avant le 14 juillet. L’enjeu : identifier tous les manquements, tous les trous noirs du système, avant l’été.

« On va prendre ressort par ressort, toutes les plaintes », a déclaré le ministre sur LCI. Et il n’a pas caché son impatience : « Il n’y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances » tant que ce recensement n’aura pas été finalisé. Un langage qui tranche avec les usages habituels du protocole judiciaire, mais qui correspond à l’urgence de la situation.

Le terrain mobilisé

Sur le terrain, l’émotion est palpable. Environ 6 000 personnes ont participé dimanche à la marche blanche organisée à Fleurance en hommage à Lyhanna, un dernier adieu qui a marqué les esprits bien au-delà du Gers.

Ce lundi, la pression monte encore : des collectifs féministes et des organisations de protection de l’enfance ont appelé à des rassemblements à 19h00 devant le ministère de la Justice et devant une centaine de tribunaux à travers le pays. Un cri du cœur civique qui rappelle que la justice des mineurs n’est pas une question technocratique, mais un enjeu de sécurité et de confiance publique.

Des années de manquements

Le suspect, mis en examen pour l’enlèvement de Lyhanna, avait été visé par plusieurs signalements et plaintes depuis une dizaine d’années pour des faits de nature sexuelle, sans jamais avoir été entendu dans le cadre d’une enquête. Un casier judiciaire vierge, mais un dossier rempli de dysfonctionnements.

C’est le cœur du problème : comment un tel basculement a-t-il pu se produire ? Comment l’administration judiciaire a-t-elle pu laisser échapper ces alertes ? Ces questions brûlent les lèvres des familles, des citoyens, et manifestement du ministre lui-même.

Le moment de vérité approche. Les procureurs généraux ont désormais une feuille de route claire, des délais serrés, et une nation entière qui regarde.

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