Un désert médical qui s’aggrave
Impossible de décrocher un rendez-vous chez le dermatologue. Les cabinets affichent complet pendant des mois. Pendant ce temps, les consultations esthétiques, elles, ne manquent jamais de place. Un paradoxe révélateur qui pose une question dérangeante : la dermatologie médicale, celle qui soigne les patients, est-elle sacrifiée sur l’autel de la rentabilité ?
En Nouvelle-Aquitaine comme ailleurs en France, cette tension reflète un problème structurel de notre système de santé : l’accès aux soins de base se détériore tandis que des services lucratifs prospèrent. Pour nos lecteurs attachés à la qualité de vie et à la solidarité territoriale, c’est une réalité inacceptable.
La logique du profit contre celle du service public
Les faits sont têtus. Les actes esthétiques — rides, injections, traitements cosmétiques — génèrent des revenus bien supérieurs à une simple consultation dermatologique ou au traitement d’une dermatose. Un dermatologue qui oriente sa pratique vers l’esthétique choisit la rentabilité. Ceux qui restent fidèles à la dermatologie médicale font le choix de servir, pas de s’enrichir.
Cette réalité révèle un dysfonctionnement majeur : quand la médecine devient une affaire de marché plutôt que de vocation, ce sont les patients ordinaires qui pâtissent. Les Aquitains souffrant d’eczéma, de psoriasis ou d’infections cutanées sérieuses se retrouvent marginalisés face à une clientèle aisée en quête de beauté cosmétique.
Des experts interpellés
Des spécialistes se posent la question : mythe ou réalité ? La réponse d’experts est attendue avec intérêt. Elle permettrait de confirmer ce que de nombreux patients vivent au quotidien — une médecine de proximité qui s’érode, remplacée par une médecine de luxe inaccessible au plus grand nombre.
Un enjeu de souveraineté sanitaire
Au-delà du constat, c’est un problème d’aménagement du territoire. Dans les petites villes et zones rurales d’Aquitaine, l’absence de dermatologue disponible en médecine générale aggrave l’isolement sanitaire. Les patients doivent se déplacer, attendre, renoncer. Pendant ce temps, les centres esthétiques fleurissent dans les quartiers huppés.
Cette fracture reflète une question plus large : qui décide de l’organisation de notre santé ? Les professionnels guidés par l’appât du gain, ou les politiques publiques prenant en charge l’intérêt général et l’équité territoriale ?
Un appel à la lucidité
Face à ce constat, les décideurs ne peuvent rester passifs. Des mesures de régulation s’imposent : encourager les vocations en dermatologie médicale, mettre en place des incitations pour les praticiens en zones déficitaires, réguler l’expansion infrénée de l’esthétique médicale au détriment du soin.
Nos lecteurs ont raison de se montrer critiques. La santé n’est pas une marchandise. Elle est un droit, et surtout une responsabilité collective que nous ne pouvons pas abandonner à la seule logique marchande.