Une région face à l’inacceptable
Fleurance s’apprête à vivre dimanche après-midi un moment d’une gravité rare. Quelque 5 000 personnes convergeront vers la petite ville du Gers pour participer à une marche blanche en hommage à Lyhanna, 11 ans, retrouvée décédée jeudi dans un silo agricole désaffecté. Deux jours après sa disparition seulement. Une tragédie qui ravive, deux fois plutôt qu’une, les plaies de notre République.
La mobilisation citoyenne est massive, débordant largement les frontières du Gers pour gagner la Nouvelle-Aquitaine et au-delà. À Marmande également, les habitants se rassembleront dimanche à 17 heures devant le tribunal pour témoigner de leur douleur collective et de leur exigence de justice.
Les failles du système exposées au grand jour
Mais cette marche blanche n’est pas qu’un acte de recueillement : elle est un cri d’alarme. Car le drame aurait pu — aurait dû — être évité. L’homme mis en examen pour enlèvement et séquestration faisait l’objet de quatre plaintes pour viols sur mineurs et de deux signalements antérieurs. Quatre. Plaintes. Or, cet homme n’avait jamais été auditionné par les enquêteurs. Les raisons ? Des délais de transmission entre parquets qualifiés d’inacceptables par le président de la République lui-même.
Depuis sa mise en examen, quatre nouvelles procédures viennent d’être ouvertes contre le suspect : trois nouvelles plaintes et un signalement transmis par l’Aide sociale à l’enfance. Le bilan grimpe désormais à neuf affaires, un passif vertigineux qui aurait dû déclencher bien des alarmes.
La chaîne de responsabilité politique en question
À Paris, le gouvernement doit rendre des comptes. Le ministre de la Justice doit s’exprimer dimanche à 18 heures sur LCI, tandis que le ministre de l’Intérieur sera l’invité du 20 heures de France 2. Tous deux reconnaissent un « dysfonctionnement inacceptable ». Le ministre des Affaires étrangères parle même de « honte ».
Mais les déclarations suffisent-elles ? La gauche réclame la démission immédiate du ministre de la Justice. À droite, on pointe du doigt les magistrats. Dominique de Villepin propose une restructuration profonde : la création d’un parquet spécialisé dédié aux violences faites aux femmes et aux enfants, sur le modèle de ceux existants pour le terrorisme ou le crime organisé. Une idée qui mérite d’être prise au sérieux.
Des circulaires oubliées dans les tiroirs
Le ministre assure avoir émis des circulaires prioritarisant les affaires impliquant des enfants. Problème : elles ne seraient pas appliquées. L’Union syndicale des magistrats fait remarquer que depuis 2025, 42 circulaires et 72 dépêches se sont succédé sur des sujets successivement déclarés prioritaires, sans que les services aient réellement la capacité de les intégrer. Un symptôme classique : quand tout devient prioritaire, plus rien ne l’est vraiment.
C’est un problème de commandement administratif. C’est un problème de moyens. C’est un problème de volonté politique.
L’exigence des familles et des citoyens
Jennifer de Araujo, mère de Maëlys tuée en 2017 à 8 ans, a adressé un message poignant à la famille de Lyhanna : « Combien faudra-t-il encore d’enfants assassinés pour que la Justice française et l’État agissent ? » Cette question résonne au cœur de chaque parent, de chaque citoyen attaché à la sécurité et à la protection des plus faibles.
Dimanche, Fleurance et ses environs diront « plus jamais ça ». Le reste de la France doit les entendre. Et agir.