Des milliers de praticiens en précarité chronique
Ils sont plusieurs milliers dans les services d’urgence, les maternités et la psychiatrie des hôpitaux aquitains : des médecins diplômés hors Union européenne, indispensables au fonctionnement de notre système hospitalier public, mais maintenus dans une précarité inacceptable. Le ministère de la Santé reconnaît lui-même l’imprécision des chiffres, mais les données disponibles sont alarmantes : 4 700 praticiens à diplôme hors UE demandent une autorisation d’exercice provisoire, 9 500 autres sont engagés dans une procédure de titularisation interminable, tandis que certains disparaissent des radars administratifs, employés « de gré à gré » par les établissements.
Originaires d’Algérie, de Tunisie, de Syrie et d’ailleurs, ces médecins remplissent les gardes les plus éreintantes pour un salaire entre 1 500 et 2 500 euros mensuels — une rémunération honteuse au regard de leur qualification et de l’urgence des besoins. C’est une exploitation organisée au cœur de notre service public.
Un concours « un bordel », selon Macron lui-même
En avril dernier, Emmanuel Macron lui-même a qualifié le dispositif de titularisation de « bordel » et de « folie ». Lucidité rare du pouvoir exécutif, mais qui n’a débouché sur rien de concret. Le gouvernement a promis de transformer le concours en « examen » et de simplifier le système. Verdict en 2027 au mieux, tant le calendrier parlementaire est engorgemé.
Pendant ce temps, les inscriptions au concours 2026 s’ouvrent, reconduisant le même système « inadapté et injuste », dénoncent les syndicats. Seulement 2 896 places sont proposées aux médecins, contre 4 000 réclamées. Une allocation de ressources insuffisante qui scelle le sort de centaines de praticiens compétents et expérimentés.
Arbitraire administratif et injustices répétées
Le système révèle une succession de dysfonctionnements qui rappellent l’inefficacité chronique de nos administrations publiques. Des agences régionales de santé tardent à délivrer les autorisations d’exercice nécessaires à l’inscription. Des candidats sont recalés avec des notes de 13 ou 14 sur 20 quand des postes restent vacants — parce que chaque jury de spécialité fixe librement sa barre minimale, créant ainsi une loterie inacceptable.
Plus grave encore : au moins 5 000 médecins étrangers sont employés depuis des années sous des statuts « dévoyés, donc illégaux » — stagiaires associés, faisant fonction d’internes — sans accès au concours de titularisation. Utilisés comme « main-d’œuvre invisible, bon marché », selon les syndicats, ils restent piégés dans un système où les directions d’établissements continuent de « les faire venir en masse ».
Une formation dégradée, une excellence compromise
Autre symptôme de la gestion chaotique : certains médecins titularisés sont envoyés en stage dans des déserts médicaux, dans des établissements non agréés pour la formation. D’autres se retrouvent en « stages à compétences limitées » — dans de petites maternités avec « une volumétrie d’accouchements insuffisante » pour se former correctement. L’excellence de la formation médicale, pierre angulaire de la qualité sanitaire française, se trouve compromise par l’improvisation administrative.
Les promesses qui ne coûtent rien
Le ministère de la Santé assure que « cinq mesures de simplification administrative sont en concertation », avec un horizon à l’été. Les modifications législatives interviendront « dès que possible ». Des formules creuses que les représentants syndicaux ne peuvent entendre que comme de la poudre aux yeux. Après une réunion au ministère, la CGT dénonce « la discordance » entre les déclarations politiques et « l’immobilisme » ambiant.
Pendant ce temps, les médecins étrangers titularisés demeurent « atomisés, terrorisés par l’absence d’avenir », note la source syndicale. Un gâchis humain et administratif intolérable pour un État qui prétend maîtriser ses services publics et honorer ses engagements envers ceux qui les font fonctionner.
La crise hospitalière de Nouvelle-Aquitaine n’attend pas les prochaines législatures. Elle presse maintenant.