Un tournant qui dérange à Eurosatory
Renault fait parler de lui, mais pour les mauvaises raisons. Cette semaine, lors du salon Eurosatory, le constructeur automobile français a annoncé deux projets en partenariat avec Thales, le groupe de défense français : la production de véhicules multimissions servant de postes de commandement mobile, et surtout, la fabrication en série du drone explosif « Toutatis » à partir de 2027.
Une orientation qui a provoqué une levée de boucliers immédiate : le syndicat CGT de Renault a protesté jeudi contre ces projets, estimant que le groupe s’éloigne de sa vocation originelle.
« Fabriquer des voitures, pas des armes »
Le message de la CGT est clair et direct : « Chez Renault pour fabriquer des voitures, pas des armes ». Au-delà du slogan percutant, c’est une vraie interrogation qui émerge. Un constructeur automobile doit-il se reconvertir en équipementier militaire ? La question mérite débat.
Pour nos lecteurs aquitains attachés aux emplois de qualité et à la spécialisation productive de nos territoires, c’est une question centrale. Renault, c’est une histoire française, une histoire régionale. L’usine Renault, c’est du savoir-faire automobile, de l’excellence civile reconnue mondialement.
Souveraineté oui, mais sans perdre l’âme des territoires
Bien sûr, la souveraineté industrielle française et la capacité de défense comptent. Personne n’en doute ici. Mais il y a une différence entre contribuer à la défense nationale par des partenariats ponctuels et basculer son ADN productif vers le militaire.
Renault n’est pas Thales. L’automobile française a besoin de ses champions civils pour affronter la compétition mondiale sur les véhicules électriques, autonomes, connectés. Disperser les capacités industrielles, fragmenter l’attention stratégique, c’est prendre un risque.
Des questions sans réponses
La protestation de la CGT soulève légitimement plusieurs enjeux :
- L’emploi : ces projets militaires créent-ils de vrais emplois ou simplement redéploient-ils les ressources existantes ?
- La spécialisation : Renault perd-il en compétitivité civile ce qu’elle gagne en contrats militaires ?
- Les investissements : les fonds publics et privés consacrés aux drones ne devraient-ils pas d’abord soutenir l’innovation automobile électrique française ?
Une décision qui méritait débat public
Ce qui choque finalement, c’est le timing et la manière. Annoncer lors d’un salon militaire une telle réorientation, sans concertation visible avec les salariés et les territoires, c’est ignorer que l’industrie n’existe que parce qu’elle s’enracine dans des communautés. Renault n’a pas le droit de traiter ses salariés comme des ressources interchangeables.
La critique de la CGT n’est pas pacifiste naïve. C’est une critique légitime d’une stratégie qui semble hâtive. Avant de fabriquer des drones explosifs, on aurait pu demander aux usines, aux territoires, aux salariés : est-ce vraiment notre projet commun ?
La France a besoin d’une industrie automobile forte et d’une défense robuste. Mais pas au prix de la cohérence productive et du respect des communautés qui font vivre ces usines depuis des décennies.