Des dysfonctionnements massifs dans le traitement des plaintes
L’affaire Lyhanna révèle une réalité gênante : notre chaîne judiciaire souffre de lenteurs dramatiques et de dysfonctionnements administratifs criants dans le traitement des violences sexuelles sur mineurs. Des avocats et associations de protection de l’enfance pointent du doigt des pratiques qui semblent appartenir à une autre époque.
Lenteurs des procédures, manque de suivi des plaintes, défaut d’information des victimes précédentes : la liste des manquements est édifiante. Et elle interpelle directement les autorités publiques sur leur capacité à protéger nos enfants.
Des recommandations ignorées depuis 2023
Depuis fin 2023, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles (Ciivise) avait pourtant émis des préconisations claires auprès du gouvernement : traiter en priorité les plaintes concernant les violences sexuelles sur mineurs, et informer systématiquement les victimes du déroulement de l’enquête. Des recommandations élémentaires de bon sens et d’efficacité.
Or, ces préconisations ne semblent pas avoir transformé les pratiques sur le terrain. Trois ans après, les mêmes défaillances persistent. Cela pose une question de gouvernance majeure : comment se fait-il que les diagnostics établis au plus haut niveau ne produisent pas les changements attendus ?
Un fonctionnement archaïque au cœur du système
Ce que révèle cette affaire, c’est un problème structurel. Forces de l’ordre et justice fonctionnent selon des schémas administratifs rigides, sans agilité, sans réactivité face aux situations d’urgence. Le caractère dramatique d’une disparition, la vulnérabilité d’une victime mineure — tout cela semble secondaire face aux calendriers bureaucratiques.
Pour les habitants de Nouvelle-Aquitaine comme pour les Français en général, ce constat est inacceptable. Nous attendons de l’État qu’il protège les plus faibles. Quand cette protection passe par des procédures archaïques et des chaînes de commandement paralysées, l’État faillit à sa mission première.
Vers une responsabilité des décideurs
La question n’est pas tant de pointer des individus que d’exiger une transformation des systèmes. Les associations et avocats qui relèvent ces dysfonctionnements ne réclament que l’application de ce qui a déjà été décidé au niveau national.
Il appartient aux responsables publics — préfets, procureurs, directeurs de services — de faire bouger les lignes. Pas de nouvelles lois, mais de l’application réelle de celles qui existent et des recommandations déjà adoptées.
Nos enfants ne peuvent pas attendre que la machine administrative se mette en marche. La sécurité et la protection de l’enfance exigent de la célérité, de la réactivité, de l’implication personnelle des responsables. C’est une question de volonté, bien plus que de moyens.