Une « feuille de route » fragile pour pacifier la région
Les délégations américaine et iranienne ont convenu lundi d’une feuille de route destinée à apaiser les tensions au Liban et sécuriser le détroit d’Ormuz. Ces pourparlers, menés en Suisse sous médiation pakistanaise et qatarie, visent un accord définitif dans un délai de 60 jours. Un calendrier ambitieux dans une région où les promesses se heurtent régulièrement aux réalités du terrain.
Les enjeux énergétiques au cœur des discussions
Le détroit d’Ormuz cristallise les tensions : avant la guerre, il drainait un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures. Téhéran a annoncé samedi une nouvelle fermeture de ce passage stratégique en représailles aux affrontements au Liban, où les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivaient vendredi et samedi, malgré une clause du protocole d’accord du 17 juin prévoyant la fin des hostilités. Les prix du pétrole ont réagi à la perspective d’une désescalade : le WTI perdait 0,20 % et le Brent 1,41 %.
États-Unis et Iran s’engagent à mettre en place une « ligne de communication » pour prévenir les incidents et assurer un passage sûr aux navires commerciaux. Une simple corde de sauvetage diplomatique face aux enjeux réels.
Des progrès concrets mais fragiles
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a énuméré des avancées : levée des restrictions sur les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques, déblocage de certains avoirs gelés, lancement d’un plan de reconstruction iranien. Mais ces promesses restent conditionnées à l’arrêt des combats, que personne ne contrôle réellement.
Les deux délégations ont également prévu une « cellule de gestion des conflits » pour mettre fin aux affrontements au Liban. Un mécanisme qui sera, selon Araghchi, « le premier test réel » de cette capacité à transformer les paroles en actes.
Les tensions diplomatiques persistent
La première session de négociations n’a duré qu’une heure vingt minutes dimanche : la délégation iranienne a quitté la table en réaction à un message du président américain Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, où il enjoignait Téhéran d’empêcher ses alliés de « causer des problèmes », sous peine de voir les États-Unis reprendre leurs frappes.
Cette menace directe viole le protocole d’accord du 17 juin, qui engage les deux parties à « se garder de menacer d’avoir recours à la force l’une contre l’autre » lors des discussions. Mohammad Bagher Ghalibaf, chef de l’équipe de négociation iranienne, a rétorqué que les Iraniens « feraient mieux de peser leurs mots ».
Le nucléaire en arrière-plan
Selon la télévision d’État iranienne, le programme nucléaire n’a pas été abordé lors de la première session. Or, ce dossier empoisonne les relations bilatérales depuis des décennies. Un haut diplomate américain affirme au contraire que des discussions « approfondies » ont eu lieu, tandis que la délégation iranienne a refusé toute photographie avec la délégation américaine, comprenant le vice-président JD Vance, l’émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner.
Des enjeux mondiaux qui concernent l’Europe
Le conflit au Moyen-Orient, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l’Iran le 28 février, a causé des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Ses répercussions affectent directement la stabilité énergétique mondiale et les intérêts économiques européens. Pour la Nouvelle-Aquitaine et la France, la fermeture du détroit d’Ormuz représente un risque direct sur l’approvisionnement énergétique et les prix à la pompe.
Ces négociations, malgré leurs tensions, demeurent cruciales. Elles testent la capacité des grandes puissances à gérer les conflits régionaux sans que la logique de la force ne reprenne le dessus. Soixante jours pour réécrire la géopolitique du Golfe : le pari est ambitieux, mais les intérêts en jeu — sécurité, énergie, stabilité — justifient la patience diplomatique.