Des failles manifestes dans le système judiciaire aquitain
Six jours après la disparition de la petite Lyhanna, 11 ans, découverte sans vie le 4 juin dans un silo agricole du Gers, les questions s’accumulent. Le parquet et les services de justice sont pointés du doigt pour leur gestion des plaintes et signalements déposés contre le principal suspect, détenu provisoirement au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan.
Emmanuel Macron a reconnu mercredi qu’« il est évident qu’il y a eu des dysfonctionnements manifestes ». Le chef de l’État met en avant la nécessité de « comprendre ce qui relève des responsabilités individuelles et des dysfonctionnements systémiques dans l’ensemble des services publics impliqués ».
Le Sénat lance son enquête
Face à l’ampleur du drame, le Sénat a ouvert une commission d’enquête. Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a présenté ce mercredi la situation devant la commission des Lois. Il écarte d’emblée un simple manque de moyens dans cette affaire précise : ce sont les processus et les décisions qui interrogent.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé cette approche, appelant à un « criblage » plus efficace entre enquêteurs, gendarmes et parquets. « Ce criblage aurait peut-être pu permettre d’éviter le drame Lyhanna », a-t-il déclaré. Lecornu annonce une réunion interministérielle mercredi soir pour « balayer l’ensemble des mesures » destinées à renforcer la protection des mineurs.
Les plaintes perdues de vue
Un projet de loi sur la protection de l’enfance est déjà en route et a été adopté par le Conseil des ministres. Il abordera des questions structurelles : aide sociale à l’enfance, vérifications d’honorabilité de ceux à qui l’on confie les enfants.
Parallèlement, Darmanin s’est engagé à réexaminer 70 000 plaintes en attente. L’objectif n’est pas de les traiter toutes, mais de les « cribler » pour identifier les dossiers sensibles qui auraient pu être mal orientés ou oubliés dans les rouages.
Une plainte pour viol visant le suspect a d’ailleurs été déposée en mars dernier auprès du parquet de Saint-Brieuc. Elle n’avait été déposée que « contre X » avant que la victime, âgée de 15 ans au moment des faits en 2023, ne reconnaisse l’intéressé dans la couverture médiatique de l’affaire Lyhanna. Le dossier a depuis été transmis au parquet d’Auch.
Des responsabilités à clarifier
Le ministre de la Justice a également annoncé le retrait du dispositif de « plaider-coupable » criminel de son projet de réforme de la justice, rejeté en commission des députés. Cette décision reflète le climat politique tendu autour des enjeux de sécurité et de confiance dans les institutions.
Élisabeth Borne, ancienne Première ministre, a nuancé le débat en rappelant que la justice française reste « sous-dotée », tout en reconnaissant qu’il y a eu des « décisions qui n’étaient pas pertinentes » dans la gestion de ce dossier précis.
Les obsèques de Lyhanna se dérouleront vendredi « dans la plus stricte intimité » au cimetière de Fleurance, sa ville de scolarité, à la demande de la famille. Un hommage avait rassemblé 6 000 personnes le dimanche précédent dans cette même localité du Gers.
L’affaire Lyhanna devient ainsi un révélateur des failles du système judiciaire français et un test majeur pour la capacité du gouvernement à restaurer la confiance des citoyens envers les institutions, notamment en matière de protection de l’enfance en Nouvelle-Aquitaine et au-delà.